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Éloge du fika et des bienfaits de la pause

20 | 10 | 2017

Et si la clef de notre bonheur au travail tenait en seulement deux syllabes ? Pleins feux sur le fika, une coutume qui nous vient tout droit de Scandinavie, et plus particulièrement de Suède.

Le fika est une véritable institution sociale en Suède

Une tradition incontournable, une habitude à laquelle on ne déroge pas. Le concept est simple : il s’agit de s’octroyer une vraie pause autour d’une boisson chaude et d’une pâtisserie, une ou deux fois dans la journée, généralement au milieu de la matinée et de l’après-midi. L’idée est de profiter pleinement de l’instant présent, de ce temps que l’on s’accorde toujours en bonne compagnie, que ce soit avec sa famille, ses amis ou encore ses collègues. Ce moment sacré conjugue détente et réconfort. Placé sous le signe du partage, il permet de prendre du recul sur son activité, de décompresser, de déconnecter et de faire le plein d’énergie en toute quiétude. Vous vous dites peut-être : « Eh bien quoi ? Moi aussi, je fika tous les dimanches ! ». Oui, mais là où cela devient intéressant, c’est que chez nos amis Suédois, le fika fait partie du quotidien de la vie en entreprise. Et il y a fort à parier que si cette coutume est si fermement ancrée, c’est qu’on ne compte plus ses bienfaits.

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Penchons-nous quelques instants sur les résultats du dernier World Happiness Report, publié en mars 2017. Ce rapport mondial mesure le bonheur dans le monde, au moyen d’indicateurs complémentaires aux traditionnels facteurs économiques, tels que la liberté, la confiance, l’espérance de vie ou encore la générosité. Tiens, tiens… parmi les dix pays les plus heureux, figurent la Norvège, le Danemark, l’Islande et la Suède. Selon une autre étude*, menée par Grant Thornton (société de conseil en gestion des affaires) auprès de 7 400 chefs d’entreprises dans 36 pays, les dirigeants suédois enregistrent le niveau de stress le moins élevé au monde (23% de stressés contre 76% pour la Chine et 74% pour le Mexique, en haut de l’échelle, et 51% pour la France). De quoi donner envie de s’inspirer du style de vie des Scandinaves !

 

En France, où il est fréquent de croiser des gens croquant leur sandwich en marchant dans la rue, faire une pause reste souvent synonyme de paresse, voire de déclin d’activité. Les Français se disent, narquois,  « Tiens donc, il a le temps de faire une pause lui », quand les Suédois décident « Je choisis de prendre le temps d’un fika ». La pause, qui se résume souvent dans l’Hexagone à une cigarette rapidement grillée ou à une boisson vite avalée, souvent en solo, se savoure en groupe et à sa juste valeur en Scandinavie. Une valeur bien plus précieuse et bénéfique qu’il n’y paraîtrait à première vue…

 

Le fika accroit la productivité

Une pause programmée à l’initiative de l’entreprise, prise sans culpabiliser par l’ensemble des salariés, pour ainsi dire synchronisée, va venir stimuler l’efficacité des employés. Viveka Adelsward**, professeur à l’université de Linköping, l’une des plus grandes de Suède, explique que « les études montrent que ceux qui prennent une pause durant leur travail n’en font pas moins. C’est précisément le contraire : ces regroupements peuvent être bénéfiques pour l’efficacité au travail ». Pour sa part, l’informaticien et chercheur et Alex Pentland, qui a consacré plusieurs études aux lieux de travail, est arrivé à la conclusion qu’instaurer des pauses régulières dans l’entreprise augmentait la productivité des salariés de 10 à 15% et leur satisfaction de 10%. Autour d’un thé et d’une douceur, l’atmosphère est conviviale et détendue. Souvent, les collègues parlent entre eux de leur travail et de leurs projets en cours. Certains évoquent un blocage sur un dossier, que d’autres sauront désamorcer. Des conflits qui engendreraient des tensions autour d’une table de réunion se résolvent d’eux-mêmes dans le fikarum (la salle dédiée au fika), au fil d’une discussion bienveillante. Les bonnes ou mauvaises expériences des uns font gagner du temps et de l’argent aux autres.

Le fika stimule la créativité

C’est au cours de conversations informelles que surgissent les meilleures idées. Sans peur du jugement, sous couvert de la pause hors du bureau, on ose s’exprimer différemment, on laisse libre cours à son imagination, on s’autorise davantage d’initiatives. Les savoir-faire se partagent, les compétences se nourrissent mutuellement et l’émulation est rapidement palpable. « Nous échangeons des informations et nous commentons l’actualité de l’entreprise. Les niveaux hiérarchiques disparaissent pendant le fika ; nous sommes tous ensemble, quels que soient notre pouvoir et notre position », précise Viveka Adelsward. Un bon petit fika est souvent plus efficace qu’un long et fastidieux brainstorming, car il offre une prise de distance indispensable à toute réflexion saine et fructueuse. C’est d’ailleurs ce qu’illustrent les résultats d’une récente étude menée par United Minds*** : seuls 9% des nouvelles idées émergent au cours d’une réunion traditionnelle, contre 54% au cours de conversations informelles entre collègues !

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Le fika favorise la cohésion entre les équipes

Autour d’une boisson chaude, on se sent en confiance, on se livre davantage. On perçoit son collègue taciturne de l’open-space d’à-côté à travers un prisme plus humain. On échange, on partage, bref, on communique enfin. Selon le Baromètre 2015 Edenred-Ipsos**** sur le bien-être et la motivation des salariés européens, 46% des Suédois ont ainsi noté entre 8 et 10 sur 10 leur qualité de vie au travail, contre 32% des Français. A une ère où l’on ose louer les contrées qui font de la sieste un indispensable du quotidien, où les Best Places to Work créent des postes de Chief Happiness Officers dont la mission stratégique est de rendre les salariés heureux, où le présentéisme est de plus en plus décrié, quoi de plus précieux qu’un esprit d’équipe solide, qu’une profession de foi d’entreprise que tout le monde partage, en avançant ensemble dans une direction commune, tous niveaux hiérarchiques confondus ?

Le fika apporte un bien-être physique

La sédentarité réduit l’efficacité. De plus en plus de salariés restent rivés devant leur ordinateur des heures durant, aux dépens de leurs épaules qui se crispent, de leurs yeux qui se brouillent, de leurs jambes qui s’engourdissent… Se lever, marcher, respirer et aller s’installer confortablement dans une position différente détend le corps, pour le redynamiser, lui apporter une énergie nouvelle, pour mieux attaquer l’autre moitié de la demi-journée. Le fika réduit ainsi le sentiment de stress et favorise la concentration, une fois de retour à son poste de travail.

 

Alors, cessons de considérer la pause, à tort, comme une ennemie et au contraire, institutionnalisons-la ! Prouvés et éprouvés, ses bienfaits sont là, réels et irréfutables… qu’attendons-nous pour instaurer le fika dans les entreprises françaises où il fait bon travailler, où il fait bon vivre, à l’heure où la frontière entre vie professionnelle et vie personnelle se fait de plus en plus ténue ! Le bonheur au travail est à portée de main, au bénéfice des salariés comme des dirigeants, saisissons-le sans plus tarder !

 

*Source Grant Thornton, IBR (International Business Report) 2010.

** Propos retranscrits par Gunilla Pravitz, communications officer à l’université de Linköping, sur le blog de l’université. www.liu.se

***United Minds est une société de Business Intelligence de l’agence de communication Prime Group. Enquête menée en novembre 2015 auprès de 4044 personnes en Suède, Norvège, Danemark et Finlande.

****Baromètre 2015 Edenred-Ipsos sur le bien-être et la motivation des salariés européens : 13 600 salariés de 14 pays européens interrogés en janvier 2015.

 

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